Je n’ai jamais eu d’idées chorégraphiques mais je ré échis en répétant. La danse est une pratique située qui permet de combiner plusieurs corps. Elle suppose des activités routinières qui amènent à se familiariser avec des matériaux, articule di érentes façons de se mouvoir dans le monde et permet d’inventer des déviations, des raccourcis ou des détours. Dans le studio, le corps se plie à des exercices, incorpore des techniques, apprend à glisser, à courir, à chuter. Ces gestes ne sont jamais coupés des lieux dans lesquels ils ont été développés. Les mêmes attitudes se retrouvent dans des domaines en apparence étrangers, comme l’écriture d’un texte, la préparation du thé ou une balade dans la rue. J’ai choisi la forme de l’enquête pour voir où me mènerait cette intuition.


Pendant huit mois, nous avons collecté les pratiques des habitant•e•s d’Aubervilliers. Elles recouvrent un domaine très large — habitudes, rituels, usages, techniques, méthodes, métiers, traditions, gestes inconscients, obsessions — et décrivent quelque chose d’assez di cile à saisir, qu’on pourrait désigner comme des cheminements identitaires, des formes de vie ou des modes d’existence — une certaine manière de se construire comme sujet dans l’action. À l’échelle d’une ville, elles constituent un réseau de relations, un agencement particulier qui donne au territoire un rythme variant selon les quartiers, les moments de la journée ou les périodes de l’année. Aubervilliers compte près de 85 000 habitant•e•s, environ 300 pratiques ont été collectées et éditées sous la forme de 176 portraits individuels ou collectifs.


Cette collecte a donné lieu à un livre, Encyclopédie pratique, Portraits d’Aubervilliers. À travers ses pages, on navigue dans un paysage de gestes et d’habitudes — invisibles, sociales ou intimes — qui constituent une ville. Une pièce sonore réalisée par Éric Yvelin, accompagne la lecture de ce parcours. Dans la pièce chorégraphique, Portraits choisis, je m’engage dans un rapport intime aux corps que j’ai côtoyés. Un ensemble de procédés chorégraphiques me permet de traduire sur scène six de ces pratiques. J’incorpore, reproduit ou prolonge les gestes qui les constituent, lie les mouvements entre eux en suivant, à chaque fois, une logique spécifique. La forme du solo m’a conduit à explorer les exercices solitaires et intimes par lesquels l’individu se construit et organise, parfois, son propre assujettissement. Le projet de scène devrait à terme se développer dans une forme chorale et explorer des pratiques de groupe.


Enfin, dans le film Portrait|7: Maryse Emel, j’expose une journée de travail en studio durant laquelle la philosophe me transmet sa pratique, « vivre le vertige sans basculer dans le vide ».

Un projet de Lenio Kaklea
En collaboration avec Lou Forster
Commissariat d’Alexandra Baudelot
Production: Les Laboratoires d’Aubervilliers
Production déléguée: abd
Avec le soutien du Fonds de dotation du Quartz/Brest
Le projet a reçu le soutien du Département de la Seine-Saint-Denis

Pièce chorégraphique: Portraits choisis
Durée: 50 min
Chorégraphie et interprétation: Lenio Kaklea
Scénographie et costume: Sotiris Vasiliou
Son: Éric Yvelin
Lumières: Amaury Seval
Assistant de création: Oscar Lozano
Régie lumière: Philippe Saltel
Monitoring: Agnès Henry - extrapole
Production et diffusion: Teresa Acevedo

Pièce sonore: Portraits d’Aubervilliers
Durée: 240 min
Conception: Lenio Kaklea
Réalisation: Éric Yvelin

Photos: Ouidade Soussi Chiadmi, Marc Domage, Jean-Claude Chianale

Film: Portrait | 7: Maryse Emel
Durée: 16 min
Réalisation: Lenio Kaklea
Avec: Maryse Emel et Lenio Kaklea
Montage: Sotiris Vasiliou

Publication: Encyclopédie pratique, Portraits d’Aubervilliers
Texte: Lou Forster et Lenio Kaklea
Assistant de recherche: Oscar Lozano
Coordination éditoriale: Alexandra Baudelot et Pierre Simon
Transcriptions et relectures: Anne-Laure Blusseau
Graphisme: Jean-Claude Chianale
Caractères typographiques: Adobe Garamond Pro et Rostand de Quesntin Schmerber (couverture)
Une édition: Les Laboratoires d’Aubervilliers
Diffusion: r-diffusion