En 2014, abd a initié un projet d’envergure autour de l’œuvre de Lucinda Childs. Dans ce cadre, le CN D, Centre national de la danse, la Galerie Thaddeus Ropac, Pantin et le Festival d’Automne à Paris ont confiés à Lou Forster l’organisation de la première exposition monographique consacrée à la chorégraphe américaine.
Réunissant plus de trois cent documents originaux (partitions chorégraphiques, films, photographies, textes) et des œuvres d’artistes avec qui elle a collaboré (Sol LeWitt, Andy Warhol, Robert Mapplethorpe et Robert Wilson, notamment) cette exposition retrace sur près de trois décennies l’émergence et le développement d’un langage chorégraphique qui a profondément marqué la danse contemporaine. Organisée de manière chronologique et thématique sur près de 1000m2 sur deux sites, cette rétrospective permet de découvrir, au-delà des pièces emblématiques de la chorégraphe, la cohérence d’un projet développé au sein de la scène artistique new-yorkaise.

Lucinda Childs rejoint en 1963 un groupe informel d’artistes, de musiciens et de danseurs qui présentent leur travail à la Judson Memorial Church. En rupture avec les codes et le vocabulaire de la danse moderne, elle développe jusqu’en 1966 des formes performatives qui assemblent des objets du quotidien, des gestes précis et des récits ordinaires. Ses pièces explorent avec ironie les nouvelles représentations du corps qui émergent avec la démocratisation de la télévision. Une décennie plus tard, elle poursuit ces expérimentations dans une collaboration suivie avec Robert Wilson. Elle participe à l’opéra monumental Einstein on Beach (1976) ainsi qu’à deux projets expérimentaux au théâtre et à la télévision dans lesquels le sujet se dissout dans le flux des images, des discours et des gestes qui le traverse. Les documents collectés à partir des années 1970 par la chorégraphe permettent de découvrir ces pièces hybrides qui ont précipité l’émergence de la danse postmoderne.

À la faveur d’une crise artistique et personnelle qui touche toute cette génération d’artistes, Lucinda Childs développe au début des années 1970 un nouveau style de danse, souvent caractérisé de minimaliste ou de répétitif. Recourant à un vocabulaire gestuel quotidien ces pièces s’élaborent à partir d’un motif géométrique et d’une structure rythmique. Un procédé graphique simple lui permet de générer des tracés de manière sérielle et de pousser la logique répétitive de chaque motif. Durant une décennie, les danses de Lucinda Childs sont le creuset du répertoire formel des œuvres spectaculaires qu’elle présente à partir des années 1980 en collaboration avec des artistes et des compositeurs. Après avoir développé son travail dans des espaces alternatifs, elle redécouvre le théâtre et appréhende la scène comme un espace de projection. À la suite de la collaboration avec Sol LeWitt pour Dance (1979), Robert Wilson et Robert Mapplethorpe développent deux scénographies qui prennent acte d’une relation renouvelée à l’image. Alors que ses pièces minimalistes donnaient à voir la danse dans la proximité d’un espace partagé, la projection permet de mesurer et de combler l’écart entre le mouvement et sa représentation. La danse y acquiert une forme énigmatique d’expressivité à la limite entre langage des signes et mouvement.

Par delà les scansions de son œuvre, on trouve chez Lucinda Childs un intérêt pour les dispositifs permettant de renouveler notre appréhension du corps. Sa danse invite, selon les termes de Susanne Sontag, à un «réveil des sens». En 2016, la chorégraphe a donné ses archives au CN D. Elles permettent de découvrir les outils, les techniques et les méthodes mises en œuvre pour générer de nouveaux points de vue sur la danse. Lucinda Childs, Nothing personal (1963-1989), présente une vue synthétique de cette archive enrichie de près prestigieux du Whitney Museum of American Art, du Andy Warhol Museum et de la Fondation Sol LeWitt, notamment.

Judson Dance Theater, “A concert of Dance #3 and #4”, 1964, imprimé noir et blanc, 28x20.5cm, fonds Lucinda Childs—Médiathèque du CND
Lucinda Childs, Document d’exposition Radial Courses (1976), ca.1976, encre sur papier monté sur carton, 59.9x72cm, fonds Lucinda Childs—Médiathèque du CND, courtesy Lucinda Childs
Andy Warhol, Capture de Shoulder, 1964, format original 16mm noir et blanc, courtesy Andy Warhol / The Andy Warhol Museum
Babette Mangolte, Calico Mingling (1973), 1973, avec Susan Brody, Lucinda Childs, Nancy Fuller et Judy Padow sur la Robert Moses Plaza, New York, tirage gélatine-argentique, 20x25cm, fonds Lucinda Childs—Médiathèque, © 1973, Babette Mangolte Courtesy Babette Mangolte
Lucinda Childs, Diagramme Dance#3 (1979), 1979, feutre sur papier, 35.6x27.9cm, fonds Lucinda Childs—Médiathèque du CND, courtesy Lucinda Childs
Nathaniel Tileston, Melody Excerpt (1977) avec Cynthia Heldstrom, Lucinda Childs, Judy Padow, Andé Peck, Daniel McCusker, à la Brooklyn Academy of Music, New York, 1977, tirage gélatine-argentique, 20x25cm, fonds Lucinda Childs—Médiathèque, courtesy Nathaniel Tileston

Commissaire d’exposition: Lou Forster
Scénographie: David Dubois
Graphisme: Pernelle Poyet
Production et réalisation: CN D Centre national de la danse et Galerie Thaddaeus Ropac
Production et diffusion: Anne Becker – Bureau PLATÔ
Avec: Festival d’Automne à Paris en partenariat avec abd

Avec le soutien de la Fondation d’Entreprise Hermès

Photos: Marc Domage